Mali 2007Se tenait ce soir, comme à chaque rencontre des Nations Unies une réception où les ONG (business, de jeunes, et toutes les autres), les délégations officielles, les représentants d’organisations intergouvernementales, et des agences des Nations Unies sont invités pour se rencontrer et échanger autour d’un verre et d’une assiette. Et cette fois encore, on n’y a pas loupé ! C’est à chaque fois l’occasion de rencontrer des délégués dans une situation totalement différente de ce que l’on peut faire au cours des journées de négociations.

Ce soir, j’avais décidé d’adopter une stratégie un peu différente et de converser avec de nouveaux délégués, l’idée était de rencontrer un maximum de délégués de pays d’Afrique Francophone et cela pour deux raisons, la première étant qu’ils parlent français et donc que l’on se comprend mieux. Et la seconde c’est qu’ils sont tous membres du groupe G77 (groupe des pays les moins développés avec la Chine) et ces pays ont toujours des positions intéressantes et parfois très proches de celles des ONG. Cependant, l’Afrique qui tend à se différencier en tant que groupe au sein du G77 commence à être tiraillée par des questionnements fondamentaux, mais également, pour certains, se sentent un peu désemparés, et il y a beaucoup de raisons qui permettent de les comprendre.

Pourquoi un tel désarroi ? En voici quelques rapides explications :

  • Les gouvernements des pays d’Afrique francophones (attention au marronnier) sont financièrement « pauvres », alors quand un pays comme le Danemark a la possibilité d’envoyer 61 délégués à la Conférence de Bonn, et cela notamment pour préparer la prochaine de Copenhague, un pays comme le Togo, ou le Niger ne peut en envoyer que deux. Cela s’explique par le fait que l’UNFCCC ne rembourse que le déplacement, le logement et la nourriture de seulement deux négociateurs par pays. Ainsi, certains pays, parmi les moins développés, et surtout qui seront et sont déjà les premières victimes des changements climatiques se retrouvent dans une situation totalement inextricable. Pour souvenir, l’année dernière à Poznan, un délégué avec lequel je m’étais lié d’amitié devait se rendre au même moment à deux groupes de contact (négociations) et également partir chercher son ministre de l’environnement qui arrivait à l’aéroport. Problème clair de moyens pour ces pays qui ont comme tous les autres une voix qui peut tout faire changer dans l’adoption.
  • Le second point et que vous pouvez comprendre encore plus facilement, c’est l’usage intensif de la langue anglaise ; à la conférence, alors que les Nations Unies ont plusieurs langues officielles de travail parmi lesquelles notamment le français ou l’arabe. Pour beaucoup de ces délégués d’Afrique francophone, parler, écrire et échanger en anglais n’est pas chose facile et encore moins quand le texte devient très technique comme ce matin lors de la plénière sur l’adaptation. A cela, il faut ajouter que les équipes de traductions dans les ONG ne sont pas suffisantes pour assurer la traduction de l’ensemble des documents de travail préparés par les ONG, et parmi lesquels ECO, ou le Earth Negotiations Bulletin (je ne suis pas sûr que ce soit le nom exact, mais j’ai oublié le nom). Ainsi, ces délégués se retrouvent dans une situation encore plus difficile. Mais ce n’est pas fini.
  • De plus, les pays du Sud ont souvent une crainte très impressionnante des pays du Nord. Une vraie défiance du fait d’une absence totale de confiance semble persister entre Annexe 1 (pays industrialisés) et G77 (en développement et la Chine).  Les États du Sud ont une vraie crainte des nouveaux mécanismes qui pourraient être mis en œuvre dans le cadre d’un nouvel accord international. Beaucoup d’entre eux estiment avoir été floués par les mécanismes de développement propre (MDP – pour faire très simple une entreprise au Nord achète des droits à polluer à un État du Sud en échange de financement pour des projets de réductions des émissions de gaz à effet de serre dans le pays du Sud). À présent, la même crainte semble ressortir avec les NAPA (National Adaptation Programmes of Action). Les NAPA sont des programmes dans lesquels les pays les moins développés établissent un plan de priorités d’actions qui répond à des besoins immédiats et urgents d’adaptation aux changements climatiques. Ce plan, une fois accepté par les Nations Unies pourra être financé par le biais du fonds d’adaptation aux changements climatiques (qui est actuellement vide). En clair, on demande dans la négociation aux États les moins développés de travailler à des plans pour lesquels ils ne sont pas sûrs d’obtenir le financement. Qu’ils soient du Maroc, du Togo ou de l’Ile Maurice, cette crainte est présente. De l’autre côté, les pays du Nord craignent que les fonds versés pour l’adaptation ne soient tout simplement détournés et utilisés à des fins qui ne sont pas celles prévues initialement !
  • Enfin, et pour ajouter encore plus à ce désarroi, les États d’Afrique ont l’impression d’être un peu (totalement ?) exclus des négociations, même s’ils sont parties au G77, leur voix ne porte que peu. Un délégué du Sénégal me disait tantôt, une fois que les USA, l’UE et la Chine se seront mis d’accord, nous n’aurons d’autres choix que de signer en bas du nouveau protocole.

Premières victimes et dans l’incapacité totale de maîtriser un tant soit peu les négociations, les pays d’Afrique francophone se sentent de plus en plus démunis et dépourvus face aux changements climatiques. Au-delà de l’aspect totalement anti-démocratique du processus, il ne faut pas oublier que chaque pays partie à la Convention dispose d’une voix lors du vote final. Certains de ces pays sauront peut-être se faire remarquer à un moment qui ne sera pas des plus opportuns…

Advertisements