Paul WatkinsonPaul Watkinson, le n°2 de la délégation française après Brice Lalonde est une personne très accessible, toujours prête à discuter et échanger avec nous. Comme d’habitude, croisement au détour d’un couloir, puis décision prise de se voir dès qu’il aura un peu de temps à nous consacrer. La flexibilité est la première qualité du tracker !
La rencontre de ce matin, que nous savions courte avant qu’elle ne commence, allait et devait être riche d’informations. Comme vous avez pu le lire dans nos écrits précédents, l’actualité en ce moment est pleine de rebondissements, EcoFin mardi, intervention japonaise hier en plénière, propositions suisse de taxe internationale sur le CO2 et le possible raccord entre deux « Ad Hoc Working Group » (groupe de travail). Comme nous n’avions que peu de temps, il nous fallait aller à l’essentiel, les questions devaient donc être directes et sans détour.

Question 1 – Que pensez-vous de la position japonaise (voir article précédent) et que compte donc faire la France pour que le Japon n’entrave pas la négociation voire même change sa position ?
Benka a mis en ligne la vidéo de la question posée à Paul Watkison, retrouvée la réponse ici : “Le Japon pourrait faire mieux” dit la France.

Question 2 – Le conseil des ministres de l’économie et des finances des pays de l’Union Européenne s’est réuni mardi dernier. Au cours de ce conseil, la question du financement de l’adaptation des pays du Sud, les plus touchés, aux changements climatiques était abordée. Pour rappel, les Nations Unies estiment qu’il faudrait au minimum 160 milliards de dollars par an et l’UE devrait normalement s’engager à hauteur de 35 milliards.

Le domaine des négociations sur le climat est totalement interdisciplinaire, à ce titre tous les différents ministères concernés doivent être sont consultés. Dans le domaine des finances de l’adaptation, le ministre des finances a donc son rôle à jouer. Ainsi la réunion devait dégager d’une part des principes relatif à l’adaptation et d’autre part se mettre d’accord sur la façon dont on va financer cette adaptation et à quelle hauteur. Ce processus montre tout le caractère fondamental de l’intervention politique au plus haut niveau, les chefs d’États ont un rôle central dans cet arbitrage entre différents conseils européens (environnement, et économie notamment).
Au cours cette réunion, les pays de l’UE se sont mis d’accord sur des principes globaux relatifs au financement. Mais très honnêtement, Paul Watkinson a précisé que cet EcoFin n’était bien qu’une première étape et qu’il allait falloir trouver un accord rapide entre les différentes positions non seulement entre ministères mais entre États européens. Pour cela, le Conseil Européen (des chefs d’État qui se tiendra le 18 et 19 juin) aura une importance capitale dans la mesure où la plupart des arbitrages pour la conférence de Copenhague seront probablement pris à ce moment-là, juste avant la nouvelle présidence, de la Suède.

Dans la foulée de cette question, nous en avons profité pour demander pour faire d’un certain pessimisme de la part de jeunesse, française et internationale par rapport à la capacité des négociations à aboutir réellement à un accord juste et ambitieux avant la fin de l’année. Là, encore une fois, Paul Watkinson a été très honnête en comprenant notre pessimisme sans nécessairement s’y associer. Ce pessimisme né d’une lenteur (impressionnante) des négociations s’explique selon lui par al nécessité de trouver une position à toutes les parties. Le processus se fait avec l’ensemble des pays membres à la convention, et avec plus de 190 il est plus difficile de tomber d’accord qu’à 27 comme dans l’Union Européenne. Il reste cependant confiant sur la possibilité de trouver un accord avant la fin de l’année…

Question 3 – Où en est-on donc par rapport aux financements, et notamment par rapport à l’adaptation ?

Ce qu’a dit alors Paul Watkinson a l’avantage encore une fois d’être très clair, en effet, il a précisé que bien entendu, la décision du financement dépendrait de l’Union Européenne qui supporte la proposition mexicaine de contribution volontaire pour financer le fond d’adaptation et non à la proposition norvégienne qui propose une contribution obligatoire perçue sur les marchés internationaux des droits d’émissions. Il existe également une autre proposition émanant de la Suisse qui propose une taxtation internationale des émissions de GES à hauteur de 2$ par tonne émise, ce qui équivaudrait à une somme de 35 Mds par an.

Question 4 – Comment agir et s’assurer d’un accord pour la fin de l’année ?

La réponse simple, claire et cinglante : « Mettre la pression » ! Le message est bien passé ! Il rappelle clairement que ce ne sont pas les négociateurs qui décident de la position de la France dans les négociations, mais il s’agit d’un double processus décisionel. Il y a d’un côté, l’Union Européenne, mais aussi de l’autre les instances politiques françaises. En effet, le gouvernement décide certes de la politique à mener dans le cadre de l’environnement, mais également ce sont les parlementaires qui votent la ratification des accords internationaux sur le climat ou sur quelqu’autres sujets que ce soit.

Alors, qu’est que l’on attend ?!!

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