“Timides et angoissés” a été l’une des expressions utilisée par Brice Lalonde au cours de la réunion. Ne sachant plus s’il parlait des États de l’UE, ou tout simplement du Monde, j’ai décidé de ne pas préciser le contexte attenant à la déclaration. La citation permet cependant juste demontrer le parler plutôt franc et direct (et vrai en l’occurence) de l’Ambassadeur.

Rencontre avec l'Ambassadeur Brice Lalonde

Rencontre avec l'Ambassadeur Brice Lalonde

Rencontrer Monsieur l’Ambassadeur chargé des négociations sur le climat Brice Lalonde est nettement moins aisé que de rencontrer d’autres membres de la délégation française. Son agenda est réglé à la minute et lorsque les personnes qui l’entourent disent « c’est fini », cela veut dire qu’il reste juste bien trois minutes pour discuter. Ainsi, jeudi, avec les représentants des associations membres du Réseau Action Climat France (RAC-F), en l’occurrence WWF, Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot, nous avons pu obtenir une heure d’entretien avec Brice Lalonde, dans une chambre de l’hôtel Maritime réaménagée en bureau.

Cette rencontre avait principalement une vocation technique voire même très technique entre les experts des ONG présents avec nous et l’équipe de Brice Lalonde. Après une rapide introduction par les deux parties, la discussion a pu commencer. Différents points ont été abordés notamment celui du REDD (Reduction of Emission by Deforestation and Reduction – mécanisme ayant vocation de réduire la déforestation en distribuant des subsides équivalents aux sommes engrangées par la destruction des forêts aux États qui accepteraient de réduire cette déforestation), le fonds d’adaptation, la possibilité de sanction en cas de non-respect du protocole et surtout la déclaration japonaise de la veille… De notre côté, avec Benoit, moins à l’aise sur les questions très techniques que les personnes avec nous, nous avions décidé de n’aborder que deux points, un premier concernant le Japon et sa déclaration d’hier et un second concernant le leadership (ou plutôt l’absence de leadership dans ces négociations).

Dans ce compte-rendu, nous n’aborderons que les questions posées relatives au Japon et au leadership.

Par rapport au Japon, les représentants présents n’ont pas manqué de remarquer l’absence de réaction de la France alors que d’autres pays tels que le Royaume-Uni (pas sûr) mais en tout cas l’Allemagne ont questionné publiquement le Japon sur cette position loin, très loin des impératifs climatiques indiqués par le GIEC. A cela, Brice Lalonde a répondu que la France ne pouvait prendre le risque de se fâcher avec d’autres États dans le cadre des négociations si elle voulait garder en fin de discussions (à Copenhague) un rôle de médiateur entre l’ensemble des parties. Malgré notre insistance à demander une vraie de position claire et définie de la France par rapport à cette question, Monsieur l’Ambassadeur a énoncé plusieurs points :

  • La décision japonaise n’est pas une surprise et était attendue depuis longtemps en l’espèce,
  • Il peut s’agir d’une stratégie qui permettra après aux japonais de revenir à la table des négociations en infléchissant un peu leur position pour obtenir l’accord qu’ils souhaitent peut-être autour de 15%.
  • De plus, il s’agit d’une solution entièrement domestique, c’est-à-dire qu’elle ne prend pas en compte de possibles compensations réalisées à l’étranger.
  • Enfin, il s’agit d’une position purement politique que de prendre position par rapport à la position japonaise, et qui n’est donc pas de son ressort… mais de celui du ministre ou voire même du président de la République directement. Ce à quoi, et sauf erreur de ma part, Karine de Greenpeace a répondu qu’un courrier avait déjà envoyé.

La seconde question posée a été celle du leadership dans la conférence, malheureusement et depuis Poznan, il n’y a pas de leader dans les négociations internationales sur le climat. Seul Yvo de Boer (secrétaire général de la Convention sur les Changements climatiques) méne les débats. Cependant, son leadership a été durement remis en cause et notamment à Bali où un délégué chinois avait gravement interpelé le secrétaire général au point que celui-ci ne se mette à pleurer. Ainsi, la barque du climat n’a pas de gouvernail et encore moins de capitaine. De ce fait, humainement personne ne peut se symboliser l’avancée ou l’échec des négociations, personne ne peut réellement s’y associer. Notre question reposait donc sur ce point, pourquoi personne n’accepte de prendre le leadership dans les négociations et surtout pourquoi la France, qui l’avait prise à Bali n’accepte pas de le reprendre ?
Et là, pour réponse, je serais tenté d’écrire : «  Vive l’Europe » parce que même quand on ne tente pas de prendre les rênes, pas on peut l’accuser de tous les maux. Il faut savoir comme cela a été rappelé dans un blog précédent que la position française n’est pas française mais européenne et qu’elle est défendue non pas par les français mais par le pays président de l’UE lors de la conférence (en l’occurrence maintenant la République Tchèque et au moment de Copenhague la Suède). D’un point de vue strictement institutionnel, c’est vrai, mais d’un point de vue politique cette position est juste… risible. En effet, au cours de la conférence de Bali la France a joué un vrai rôle de leader, avec le ministre Jean-Louis Borloo en tête de pont de la délégation. Récemment, l’Allemagne a critiqué la position japonaise alors que l’UE n’avait pas encore pris position à ce sujet. Politiquement l’un des pays de l’UE pourrait prendre ce risque de mener les négociations sur le climat, prendre le risque de prendre des coups, prendre le risque d’un échec et prendre le risque de devenir un héros du climat. Mais quoi ? De plus, l’année dernière à Poznan, nous avions rencontré pour la première fois Brice Lalonde, en décembre 2008, la France était président de l’Union Européenne, mais dans la mesure où le paquet Energie-Climat n’avait pas encore été voté, la France et l’UE ne jouait aucun rôle dans les négociations alors que les discussions à Poznan avaient grand besoin d’être mieux dirigées. Quoi qu’il en soit, la France n’a pour le moment pas l’intention de jouer ce rôle de médiateur d’avant-garde prêt à tout pour changer le climat et le monde qui l’accompagne.

Pour le moment, il s’agit d’une stratégie très clairement perdante, chaque discussion est marquée par un relatif échec. Même si l’on repart de Bonn avec des textes très longs sur lesquels l’ensemble des parties se sont prononcées sans les rejeter (une première) qui doivent être progressivement dégonflés dans les prochaines réunions, on reste tout de même avec des positions japonaise, et américaine bien en deçà de la fourchette du GIEC, et une position russe qui n’existe pas encore !!
Mais, à plus long terme, cette stratégie peut devenir très payante et permettre à la France de se mettre en pivot dans les discussions. Faut-il le rappeler, la France est membre des États de l’Annexe 1, du Forum des Economies Majeures, du G8 mais surtout de l’UE ; cette position centrale va lui permettre d’ici les prochains mois de se recentrer sur la place climatique internationale. De plus, au niveau global, la France fait figure de modèle dans le domaine des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre notamment pour son rôle dans les discussions européennes au moment de l’adoption du paquet, et et également grâce à ses objectifs domestiques de réduction internes issus du Grenelle. De plus, et très clairement, il faut que la proposition européenne soit portée haut et fort, elle est à présent presque la seule émise par les pays de l’annexe 1 qui correspond aux impératif du GIEC.


Monsieur Sarkozy, Monsieur Fillon, Monsieur Borloo, comptez-vous devenir des héros climatiques ?

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