Au regard des attentes générales et préliminaires exprimées en première partie du mémorandum, le gouvernement vient encore préciser ses ambitions en présentant sa vision de la « vision partagée à long terme ». Plus connue sous le nom de « shared vision » dans les conférences sur le climat, cette partie est essentielle. Elle permet en effet de mettre les États membres d’accord sur un ou des objectif(s) lointain(s) pour le(s)quel(s) ils devront mettre en œuvre des stratégies (pensées et développées dans les groupes de travail) pour atteindre de manière efficiente les objectifs fixés en commun.

Et dire qu'il suffirait de glisser le rapport AR4 du GIEC dans la besace.

Et dire qu'il suffirait de glisser le rapport AR4 du GIEC dans la besace.

Afin d’introduire ses propositions, la France utilise ce que les Anglo-Saxons appelleraient le « positive media ». Certes, le changement climatique est une catastrophe humaine, écologique et économique imminente. Mais lutter contre et l’éviter permettrait à l’économie et la société globales de trouver la voie d’un nouveau développement protégeant l’environnement, respectant l’Homme et économiquement viable. Pour cela, deux acteurs sont au cœur de cette d’avenir, d’un côté, les pays développés, de l’autre, les pays en développement.

Concernant les pays développés, le document rappelle l’objectif de 2° Celsius à ne pas dépasser tout en ajoutant la nécessité d’un pic d’émission pour l’année 2020 (cela signifie que les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent atteindre un maximum en 2020 et devront ensuite décroître à partir de cette date). Afin d’atteindre un tel objectif, il est annoncé des objectifs pour 2020 et 2050.
Pour l’année 2020, la France se réfère directement à la fourchette de réduction des scientifiques du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat), c’est-à-dire entre 25 et 40% de réduction. Ce qui est clairement un bon point au regard d’autres pays du monde qui proposent des cibles beaucoup plus faibles, dont notamment le Japon, les USA ou le Canada. Cependant, l’objectif de réduction pour 2050 est juste ridiculement faible pour ne pas dire risible. Là où le GIEC propose une réduction d’au moins 80% des émissions pour limiter le réchauffement sous la barre des 2° Celsius, la France propose une réduction de 50% des émissions. Dans le résumé pour décideurs joint par le GIEC au rapport AR4 en 2007, il est précisé que pour une réduction de 50% des émissions, l’écart de température globale sera de +2,4°C ; pour atteindre l’objectif d’une hausse limitée à seulement 2°Celsius, il faut au moins réduire les émissions de 80% ; et avec un pic d’émission compris entre 2000 et 2015 (Tableau RiD.6., p20, Résumé pour décideurs AR4, GIEC, 2007). Est-ce donc une blague ?

Concernant les pays en développement, le propos devient vraiment intéressant. Le principe de responsabilité commune mais différenciée est pour la première fois inversé. Alors que prévalait et prévaut l’aspect différencié des responsabilités, la France fait valoir l’aspect commun de celles-ci. Par ce biais, elle demande aux pays en développement de dévier leurs scénarii d’émissions (et donc de développement) de -15 à -30% sous le modèle de développement actuel (appelé business-as-usual). La participation de l’ensemble des parties est normale, et nécessaire dans la mesure où le défi est global, mais le biais par lequel il est apporté prête tout de même à interrogation. N’est-ce pas donc un peu reporter la responsabilité des changements climatiques aux pays qui ne sont responsables que de 5% des émissions mondiales ?

Enfin, le gouvernement français insiste fortement sur l’adaptation aux changements climatiques, et principalement dans les pays les plus vulnérables. Le financement de cette adaptation doit permettre, peut-on y lire, d’assurer des ressources adéquates, prévisibles, et durables. Cependant, un point est soulevé deux paragraphes au-dessus selon lequel, les parties doivent développer des plans leur permettant de s’adapter de manière autonome aux changements climatiques. Quelle est donc l’envergure de cette autonomie, est-elle juste technique et s’oppose-t-elle ainsi aux transferts de technologie ou bien alors est-elle financière et alors elle s’oppose au financement de l’adaptation ? Ce passage laisse assez interrogateur, et la question sera rapidement posée aux membres de la délégation.

Cette présentation de la vision partagée à long terme par la France laisse tout à fait interrogateur tant par rapport aux cibles de réduction pour 2050 que par rapport à cette « autonomie » demandée pour l’adaptation. Autant de questions à poser aux négociateurs français. Des réponses, bientôt

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