On s'arrête ? On continue ? On va où ?

On s'arrête ? On continue ? On va où ?

Après la relative déception et l’incompréhension liées à la lecture de l’exposé de la vision partagée à long terme, la France expose dans un second temps ses objectifs globaux en terme de réduction d’émissions. De très nombreux points sont développés dans cette partie que je vais tâcher de vous expliquer un par un. Pour cela, il faut nettement distinguer trois sous-parties, l’une sera consacrée aux pays développés, une autre aux pays en développement et une troisième relative à des points divers tels que les forêts, le transport maritime et aérien.

Côté pays développés:

Après avoir rapidement réintroduit les objectifs généraux de réduction des émissions pour l’année 2020, la France attaque directement le vif du sujet, qui est celui des pays de l’Annexe I. L’annexe I représente l’ensemble des pays concernés par les obligations de réduction des émissions de CO2. Entrer dans ce club de l’annexe I a de nombreuses conséquences pour le pays en question, il doit d’une part réduire ses émissions, et d’autre part contribuer et aider à l’adaptation des pays en développement. Clairement, cela va leur coûter. D’autant que l’objectif de réduction des émissions est enfin et clairement précisé. Il s’agit d’un objectif de 30% pour les pays développés. Là encore, on peut développer une double analyse. Il est vrai qu’au regard de nombreux pays du Monde, 30% peut paraître ambitieux ; mais au regard de la science, 30% se situe tout de même dans le bas de la fourchette conseillée par les scientifiques du GIEC.
En vertu du développement de certains pays du Monde entre 1997, date de l’accord de Kyoto, et nos jours, des pays doivent, selon la France, intégrer l’annexe I, parmi ces pays, on compte :

  • Chypre et Malte, depuis leur intégration dans l’Union Européenne,
  • La Macédoine, la Serbie, le Monténégro, la Bosnie Herzegovine, et l’Albanie en tant que pays candidat à l’entrée dans l’Union Européenne,
  • Le Qatar, les Emirats Arabes Unis, Brunei, le Koweit, Singapour, Bahrein (pays ayant un PIB par habitant supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE).

Il n’y a malheureusement pas de trackers pour ces pays, mais il est clair que l’ambiance dans ces pays ne doit pas être au beau fixe, passer de simple spectateur à acteur de la lutte contre les changements climatiques ne doit pas être si simple à accepter !

De plus, apparaît un point qui me semble être relativement récent dans les négociations (je n’ai pas souvenir d’un tel mécanisme dans le protocole de Kyoto), la comparabilité des efforts. Ce mécanisme permet d’adapter les objectifs de réductions au regard de la capacité du pays à réduire ses émissions. La comparabilité est enfin expliquée plus clairement avec différents critères mis en avant par la France tels que le potentiel de réduction des émissions, ou bien encore l’impact macroéconomique des efforts de réductions (il existe 3 autres critères que vous pourrez retrouver directement dans le mémo français).


Côté pays en développement :

Concernant les pays en développement, est rappelé l’objectif de déviation. Le terme paraît très barbare, probablement encore un de ces termes extrêmement technique qui vont rendre l’application d’un éventuel protocole de Copenhague toujours plus compliquée. En terme plus simple, la déviation des émissions se construit sur un système prévisionnel dit « business-as-usual », l’État en question devra réduire ses émissions donc non pas par rapport à une base passée, mais à une prévision future.

Prenons un exemple. Un pays en l’an 2009 émet 1Gt de CO2 par an (lire une gigatonne, soit 1 milliard de tonnes de CO2) ; selon les prévisions (prenant en compte notamment la croissance économique actuelle, ou bien encore la démographie), qui seront probablement établies par le secrétariat de la convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques, ce même pays émettra 2 Gt en 2020. La déviation des émissions encouragera et aidera le pays à n’émettre qu’entre 1,7 (si 30% de déviation) et 1,85 Gt (si 15%) de CO2 en 2020. Pour atteindre ces objectifs de déviation, ces pays devront développer des stratégies de développement faiblement émettrices en gaz à effet de serre.

Enfin, un dernier paragraphe appelle les pays émergents parmi lesquels la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, et l’Indonésie à montrer une forte volonté politique à la réussite du processus de négociations.

Cette partie est relativement intéressante, si elle s’accompagne d’une aide conséquente pour développer de tels projets et permettre à ces pays en développement d’atteindre les objectifs de déviation que la France propose.

Le Maersk, plus gros porte-containers au Monde

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Forêts, bateaux et autres avions :

Relativement aux forêts, il y a assez peu de choses nouvelles à relever, si ce n’est ce grand écart pratiqué par la France au regard de la décision du Conseil des Ministres. En effet, là où le Conseil s’accordait sur une réduction d’au mois 50% de la déforestation, la France ne propose qu’un peu clair système visant à maintenir et augmenter les stocks de carbone terrestre.
Enfin, derniers points très intéressants relatifs aux réductions d’émissions liées d’une part au transport aérien, mais également au transport maritime. Concernant le secteur aérien, une réduction de 5% des émissions est proposée pour l’année 2020 avec 2005 pour année de référence. Est-ce assez ? Sachant que le transport aérien représente déjà 4% des émissions mondiales, et qu’un simple aller-retour entre Paris et NYC suffit à émettre 2 tonnes de CO2 ; on ne peut que se poser la question de savoir si une simple réduction de 5% sera suffisante pour prévenir des conséquences de l’augmentation mondiale du transport aérien…

Le bilan pour chacune des parties pourrait être à chaque fois le même. Au niveau international et en comparaison des autres pays développés du Monde, la France passe pour un bon élève. Mais eu égard à la science, et à la réalité des enjeux climatiques, on ne peut que se dire que la France peut et doit mieux faire. D’autant que de nombreux restent encore des grands points d’interrogation, notamment relatif à l’acceptation des stratégies qui ressemblent presque à des mises sous tutelle du développement des pays en développement.

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